Gaz de schiste : les nouvelles viennent du Canada
La manifestation, hier, à Villeneuve de Berg a connu un succès sans précèdent. Nous vous invitons à vous reporter à vos journaux locaux et nationaux. Cette manifestation a aussi fait l'objet de reportages sur les chaînes nationales et régionales.
La mobilisation s'installe partout.
Mais aujourd'hui, les nouvelles viennent du Canada, pays où les travaux avaient débutés, avant que l'opposition ne se mette en place.
Il y a quelques jours, l'IRIS (Institut de Recherche et d'Informations Socio-économiques), basé à Montréal, publiait une note avec pour titre "Gaz de schiste : une filière écologique et profitable pour le Québec ?"
Cette note démontre que le choix énergétique de l'exploitation des gaz de schiste, n'est pas justifiable dans une perspective de lutte contre les changements climatiques, ni d'indépendance énergétique. De plus, elle révèle que cette filière comporte d'importants risques pour la santé publique, en cas de contamination des eaux par des rejets industriels.
Bien qu'axée essentiellement sur l'aspect québécois, cette note comporte des éléments très importants pour le débat actuel. Elle vient surtout contrer les arguments "pour l'exploitation des gaz de schiste" développés par les compagnies pétrolières.
La mobilisation de tous, c'est bien, c'est indispensable.
Mais démonter l'argumentaire développé par les industriels est essentiel dans le débat qui s'engage en France.
C'est, à notre connaissance, la seule note, issue de chercheurs reconnus, qui appuie ses observations sur des événements concrets.
Nous avons tiré de cette note plusieurs remarques importantes qui vont à l'encontre des arguments de l'APGQ (Association Pétrolière et Gazière du Québec). Nul doute, qu'au niveau européen, les mêmes arguments sont avancés par les compagnies pétrolières (françaises notamment, groupées avec les compagnies américaines).
Les Gaz de Schiste et les fuites de méthane.
Selon une étude menée par l'Institut des Sciences de l'Environnement de l'Université du Québec, à Montréal, la filière du gaz naturel a un impact d'importance majeure en matière de changement climatique global, au même titre que les filières du charbon et du pétrole. Ces lourds impacts sont attribuables, non seulement à l'étape de la combustion, mais également aux "fuites importantes de gaz naturel (composé à 95% de méthane) observées lors de l'extraction du gaz et, en moindre partie, lors de sa distribution".
Les répercussions de la filière du gaz de schiste sur les changements climatiques sont donc beaucoup plus importantes que ce que prétendent les industriels. Ces derniers limitent leurs observations aux émissions de gaz à effet de serre, associées à la combustion du gaz naturel, laissant de côté les émissions qui ont lieu tout au long du cycle de vie de la filière du gaz de schiste, soit les étapes d'exploration, de production, de distribution et de combustion de cette ressource. Il faut savoir que les fuites de méthane non brûlé (fuites issues de la production et de la distribution) alourdissent considérablement son bilan de GES (gaz à effet serre). Ce méthane, non brulé, est, sur une période de 100 ans, 25 fois plus dommageable en matière de réchauffement planétaire que le CO2 issu de la combustion, et 72 fois plus dommageable sur 20 ans.
Ce qui fait dire à Normand Mousseau, professeur au département de physique de l'université de Montréal (dans son livre "La révolution des gaz de schiste") :
" Si la combustion du méthane est nettement préférable à celle du charbon et du pétrole, du point de vue de la production de gaz à effet de serre , plusieurs facteurs suggèrent que le bilan environnemental complet des gaz de shale (de schistes) pourrait s’approcher de celui du charbon, ce qui diminuerait certainement son intérêt dans la lutte contre les changements climatiques."
C'est bien ce que tendent à confirmer les fuites de méthane signalées un peu partout au Québec au cours de la seule phase d'exploration des derniers mois. De même que la révision, à la hausse, par l'Environmental Protection Agency des Etats Unis, des estimations d'émissions fugitives de méthane émanant des puits de gaz naturel et des gazoducs américains. Celles-ci s'avèrent deux fois plus élevées que les estimations précédentes et, dans le cas précis de la fracturation hydraulique du gaz de schiste, 9 000 fois plus élevées.
Pour conclure, une analyse récente suggère que l'impact climatique global du gaz de schiste pourrait être bien plus prononcé que celui du charbon et du diésel.
Les Gaz de Schiste et les coûts énergétiques.
Tout d'abord, définissons ce qu'est le REI (Rendement Energétique sur l'Investissement).
Le REI permet d’évaluer les coûts en énergie du processus de production (et/ou d’exploration, de distribution, etc.) de combustibles fossiles ou autres sources d’énergie.
Le REI est le ratio de l’énergie produite en regard de l’énergie consommée pour cette production. Plus ce ratio est faible, plus le coût énergétique d’un processus de production est élevé.
Prenons un exemple :
En 1930, le REI du pétrole (exploration et extraction) était de 100 pour 1 ; cela voulait dire que 100 unités d'énergie étaient produites pour chaque unité d'énergie investie dans l'extraction. Pour la petite histoire, ce ration passait à 10 pour 1 en 2000. Le coût énergétique du pétrole a considérablement augmenté.
Les coûts énergétiques sont encore plus élevés pour les combustibles non conventionnels, tels les sables bitumineux et l’huile de schiste. Ce dernier est un combustible synthétisé à partir des substances organiques présentes dans les formations de schiste et il serait une bonne approximation pour évaluer le REI du gaz de schiste. Le REI des sables bitumineux se situe entre 4 pour 1 et 1 pour 1, tandis que celui de l’huile de schiste varie entre 2 pour 1 et 1 pour 1.
La hausse drastique des coûts énergétiques d’extraction combinée à l' accroissement de
la demande pose un problème de sécurité d’approvisionnement énergétique. Le fait que, pour les combustibles non conventionnels, « le coût énergétique de la production frôle la
valeur énergétique produite » nous rapproche d’un avenir où « les énergies fossiles seront exploitées plus ou moins à perte, sur le plan énergétique ».
Certains scientifiques du domaine des énergies estiment le REI nécessaire pour répondre aux
besoins de base des sociétés est de 3 pour 1, en intégrant à ce calcul les coûts d’extraction, de raffinement, de transport et d’utilisation des ressources énergétiques.
Des ratios inférieurs à ce REI minimal ne permettraient pas de maintenir les surplus d’énergie nécessaires au maintien des fonctions sociales et économiques de nos sociétés.
Investir dans l’exploitation de combustibles non conventionnels tels que le gaz de schiste équivaudrait donc à s’engager dans un cul-de-sac environnemental, énergétique et économique.
Les gaz de schiste et l'indépendance énergétique.
Il faut comprendre que même dans un contexte de production locale, les particuliers, l'industrie et le gouvernement devront continuer de s'approvisionner en gaz naturel auprès du secteur privé et donc d'en payer le prix exigé par les producteurs et les distributeurs. Le gaz de schiste demeurera un bien marchand et la France, comme le Québec, ne sera pas indépendante des entreprises gazières qui sont des multinationales. D'autant plus que le procédé d'extraction est probablement, encore pour longtemps, détenu par des entreprises américaines.
Les gaz de schiste et l'eau.
L’exploitation du gaz de schiste exige l’injection dans le sous sol de très grandes quantités d’eau, chargée d’ingrédients toxiques ; près de la moitié de cette eau sera définitivement perdue sous terre. L’autre moitié récupérée restera contaminée et devra être traitée avant d’être réintégrée dans le milieu naturel. Le processus de traitement sera complexe et coûteux. On ne recyclera qu'environ 80% des eaux récupérées.
Alors qui va recycler cette eau ? Les quantités seront telles qu'il faudra prévoir de nombreuses stations d'épuration. L'industrie pétrolière ne va-t-elle pas se décharger de cette charge sur les municipalités ?
Enjeux pour la santé.
Des expériences, largement diffusées aux États-Unis, démontrent l’existence de risques bien réels de contamination liés à l’exploitation du gaz de schiste. Les substances
susceptibles de pénétrer les réseaux d'eau ont des effets reconnus sur la santé, dont des irritations de la peau et des yeux et des problèmes au niveau des systèmes respiratoires,
gastro-intestinal et immunitaire. Certaines de ces substances ont également des effets sur le cerveau et le système nerveux ; d’autres sont cancérigènes.
Souhaitons que les expériences, vécues par les pays où cette exploitation énergétique a déjà commencé (USA et Canada), soient rapidement prises en compte par la Communauté Européenne (le Conseil de l'Union Européenne) et l'Etat français. Il n'est plus temps, comme le réclame E. Chaulet de faire intervenir des scientifiques ; c'est fait au Canada sur des bases réelles.
Il faut absolument, comme le réclame le conseiller général de Lasalle, Rémy Menviel, exiger (et non pas réclamer) "l'annulation du décret autorisant les recherches".
La fracturation hydraulique, source de tout nos maux, existe depuis des décennies. Aucune autre solution n'a été trouvée jusqu'ici et on peut penser que ce n'est pas pour demain.
Dans ces conditions, une seule décision s'impose : l'abandon de l'exploitation des gaz de schiste.
John Doe
IRIS : L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), un institut de recherche indépendant et progressiste, a été fondé à l’automne 2000. Son équipe de chercheurs se positionne sur les grands enjeux socio-économiques de l’heure et offre ses services aux groupes communautaires et aux syndicats pour des projets de recherche spécifiques.
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